Valoriser la viande locale pour renforcer les filières animales au Togo

Au Togo comme au Bénin, l’élevage contribue aux revenus des familles et à l’alimentation des populations. Pourtant, les éleveuses et les éleveurs rencontrent encore des difficultés pour développer leur production et accéder aux marchés. De leur côté, les consommateurs ont parfois peu de choix pour acheter de la viande locale de qualité. C’est tout l’enjeu du projet Des Éleveurs aux Consommateurs, mis en œuvre par Élevages sans frontières et ses partenaires au Sud du Togo et du Bénin. Jusqu’en juin 2027, le projet accompagne les acteurs des filières animales pour renforcer les productions locales, améliorer les pratiques et développer les liens entre éleveurs, transformateurs et acheteurs. Car produire davantage ne suffit pas : il faut aussi pouvoir vendre, transformer et valoriser les animaux issus des élevages locaux. À Lomé, au Togo, BoBar Distribution est l’une des entreprises bénéficiaires du projet. À travers sa marque Viviviand, l’entreprise développe une offre de viandes et de produits transformés locaux. Ahomoto EGBESSA, responsable des opérations, nous présente cette activité et les ambitions de l’entreprise pour les filières animales togolaises. Viviviand, une marque pour valoriser la viande togolaise « La BoBar distribution est une centrale de distribution de produits alimentaires locaux togolais et notamment Viviviand. » Derrière cette marque, une ambition : faire connaître et développer une offre de viandes issues des productions locales. Viviviand, qui signifie « propre viande », met en avant des produits de bœuf, de petits ruminants et de volailles. L’entreprise dispose d’une unité de transformation de la viande à Lomé, où les produits sont préparés, transformés et conditionnés avant d’être proposés aux consommateurs. Dans le bâtiment, plusieurs espaces permettent d’assurer ces différentes étapes : vestiaire, salle de désinfection, salle de production, salle d’exposition et chambre froide positive. L’objectif est de proposer des produits de qualité, adaptés aux attentes des consommateurs togolais. De l’élevage local aux produits transformés La BoBar Distribution travaille notamment avec des éleveurs accompagnés précédemment par Élevages sans frontières. Aujourd’hui, les volailles et les petits ruminants issus de ces élevages représentent environ 40 % de son approvisionnement. « Aujourd’hui, les viandes que nous recevons sont issues des éleveurs accompagnés par Élevages sans frontières. » Ce lien entre les éleveurs et l’entreprise est au cœur de la logique du projet « Des Éleveurs aux Consommateurs » : permettre aux productions animales locales de trouver leur place dans les circuits de commercialisation. L’enjeu est désormais d’augmenter progressivement les volumes achetés auprès de ces éleveurs. Une manière de renforcer les débouchés pour les producteurs, tout en développant une offre locale pour les consommateurs. Des équipements pour développer la transformation En tant qu’entreprise bénéficiaire du projet, BoBar Distribution a récemment reçu plusieurs équipements destinés à renforcer ses capacités de transformation. Scie à os, cutter mélangeur, hachoir ou encore machine à mettre sous vide : ces outils permettent à l’entreprise de développer et de diversifier les produits proposés sous la marque Viviviand. La viande peut ainsi être transformée en saucisses, merguez, chipolatas ou pâté « Cela nous permet de transformer la viande en sous-produits comme les saucisses, les merguez, des chipolatas et aussi du pâté. » Ces équipements permettent ainsi à BoBar Distribution de mieux valoriser les viandes issues des élevages locaux et de proposer une offre plus diversifiée aux consommateurs. Les clients recherchent des viandes de qualité, moins grasses, ainsi que des produits préparés avec soin. L’entreprise travaille donc à proposer une offre qui réponde à ces attentes, notamment grâce à l’utilisation d’ingrédients locaux. Trouver sa place sur le marché Si la production et la transformation se développent, une autre étape reste essentielle : trouver les clients. Aujourd’hui, BoBar Distribution souhaite renforcer ses partenariats avec les restaurants, les hôtels et les entreprises spécialisées dans les grillades. « L’idée, c’est de commencer par prospecter les restaurants, les hôtels et les entreprises qui offrent des grillades pour davantage créer des partenariats avec ces entreprises-là. » L’entreprise travaille également à l’ouverture d’une boutique Viviviand, qui permettrait de présenter et de vendre directement les produits transformés. Un projet important pour faire connaître davantage la marque et développer les ventes. Mais s’insérer dans un marché déjà structuré demande du temps. « Notre difficulté majeure, c’est de pouvoir trouver les clients, surtout les hôtels et restaurants, puisque par avance ils avaient déjà leurs relations avec lesquelles ils travaillent. » Il s’agit donc de convaincre de nouveaux partenaires de découvrir les produits locaux et de leur montrer la qualité de la viande proposée. Des partenariats pour faire vivre l’économie locale Le développement de BoBar Distribution repose aussi sur sa capacité à travailler durablement avec les éleveurs. L’approvisionnement représente un autre défi, notamment lorsqu’il faut trouver un accord sur les prix. L’objectif est de construire progressivement des partenariats permettant à chacun de trouver son intérêt : les éleveurs, l’entreprise de transformation et les points de vente. « Nous finirons par nous entendre au travers d’un prix juste milieu qui permet aux éleveurs de gagner, mais de gagner également à la Viviviand et à la boucherie de la BoBar distribution. » Cette recherche d’équilibre est essentielle pour développer une filière locale durable. Car derrière chaque produit vendu, ce sont plusieurs acteurs qui doivent pouvoir vivre de leur activité : les éleveurs qui produisent les animaux, les entreprises qui les transforment et les distributeurs qui les commercialisent. Faire le choix des produits locaux Pour Ahomoto, développer les filières animales togolaises représente aussi un enjeu pour l’économie locale. « Cela permettra de développer cette économie locale s’ils acceptent de prendre nos produits locaux plutôt que de prendre des produits importés. » En renforçant les liens entre les éleveurs et les entreprises de transformation, le projet Des Éleveurs aux Consommateurs contribue à créer de nouvelles opportunités pour les productions animales locales. L’ambition est de permettre aux éleveurs de mieux valoriser leur activité, aux entreprises de développer leur offre et aux consommateurs d’accéder à des produits locaux de qualité. En tant que bénéficiaire du projet, BoBar Distribution dispose désormais de nouveaux moyens pour développer son activité de transformation et mieux valoriser les productions animales locales. Développer

3 questions à Joseph Kaboré, Chargé de développement économique en Afrique de l’Ouest

Rencontre avec les éleveurs et les partenaires, évaluation des résultats, suivi des activités, recherche de solutions… Les visites de terrain effectuées régulièrement par Joseph Kaboré, chargé de développement économique chez Elevages sans frontières, sont essentielles pour suivre l’avancée des projets au plus près des réalités vécues par les éleveuses et les éleveurs. À quoi servent concrètement les visites de terrain ? « J’aime ces moments sur le terrain. Ils permettent de sortir des rapports pour aller voir la réalité en face : observer les activités, écouter les ressentis des éleveuses et des éleveurs, comprendre les difficultés qu’ils rencontrent et chercher ensemble des solutions. » Pouvez-vous nous raconter l’histoire d’une éleveuse ou d’un éleveur qui vous a particulièrement marqué ? « Je me souviens très bien de Babotine lors de la phase précédente du projet Or Gris des savanes dans le village de Toumonlogue, situé près de Barkoissi au Togo. À l’époque, elle faisait ses tout premiers pas dans l’élevage. Elle n’avait reçu que 10 pintades reproductrices de la part du projet pour son apprentissage en élevage. Lors de ma première visite, son installation restait très précaire : ses volailles étaient abritées dans un poulailler traditionnel en terre. Babotine bricolait elle-même ses mangeoires et abreuvoirs en découpant d’anciens bidons en plastique. Elle y mettait tout son cœur mais les conditions étaient difficiles et le risque de perdre des pintadeaux restait élevé. Grâce à la nouvelle phase du projet, Babotine a été aidée pour construire un bâtiment d’élevage moderne, propre et sécurisé. Elle attend de recevoir des équipements adaptés, des pintades supplémentaires et des intrants (aliments et produits vétérinaires) afin de développer son activité. » Qu’est-ce qui vous montre, sur le terrain, que ces projets font concrètement la différence ? « Ce qui me marque, c’est de voir concrètement les progrès réalisés par les éleveuses et les éleveurs. On part parfois de situations très fragiles. L’accompagnement permet de franchir progressivement différentes étapes. C’est cette progression que j’aime observer lors de mes visites. On voit les personnes gagner en confiance, développer leurs compétences et commencer à envisager leur activité comme une véritable source de revenus. Et puis, il y a les paroles des bénéficiaires. Avant mon départ, Babotine tenait d’ailleurs à transmettre un message aux personnes qui soutiennent le projet : « S’il vous plaît, dites un grand merci aux personnes qui font ces dons. Grâce à eux, ce projet a vu le jour et notre vie est en train de changer. » 👉 Pour soutenir le projet Or Gris des Savanes : c’est par ici Lire d’autres articles sur le Togo : Le Togo : un pays rural face aux défis alimentaires Or Gris des Savanes : le projet en chiffres et en actions

Or Gris des Savanes : le projet en chiffres et en actions

Un projet ancré dans la région des Savanes Depuis 2017, Élevages sans frontières accompagne les familles rurales de la région des Savanes, au nord du Togo, à travers le projet Or Gris des Savanes. La troisième phase du projet se déroule de juillet 2025 à juin 2028, dans 20 villages des préfectures de Tône, Oti et Tandjouaré. Elle concerne 875 bénéficiaires directs et représente un budget de 854000 €. Les activités de transformation et de commercialisation sont également développées dans plusieurs villes : Dapaong, Cinkassé, Kara, Sokodé et Lomé. Développer l’élevage de pintades et les revenus L’élevage de pintades est une activité importante dans la région des Savanes. Le projet Or Gris des Savanes accompagne les éleveuses et éleveurs pour développer leurs activités et mieux valoriser leur production. Le projet agit concrètement sur plusieurs aspects : Améliorer les élevages : équipements, abris, couveuses et accompagnement technique Renforcer les compétences des éleveurs et éleveuses Accompagner les jeunes dans leur formation et leur installation en élevage Favoriser l’autonomie économique des femmes notamment en facilitant leur accès aux ressources et aux activités génératrices de revenus Développer la transformation et la commercialisation des produits issus de l’élevage Encourager des pratiques plus respectueuses de l’environnement et de la santé des personnes et des animaux Quel est l’impact concret du projet pour les familles accompagnées ? Plusieurs bénéficiaires du projet témoignent de leur activité, de ce qu’elle leur apporte et de leurs perspectives pour l’avenir. https://www.youtube.com/watch?v=TTyBnoH6rnk&t=6s Des résultats déjà obtenus La deuxième phase du projet, menée de 2022 à 2024, a notamment permis de : Former 258 éleveuses et éleveuses Accompagner l’installation de 78 jeunes dans l’élevage Installer une unité de fabrication d’aliments pour animaux, parmi les rares de la région Permettre à des femmes de devenir propriétaires de leurs animaux et de tirer des revenus de leur élevage Selon une évaluation du projet, 96 % des personnes interrogées ont déclaré avoir vu leurs revenus issus des produits locaux augmenter et 98 % ont estimé que le projet avait eu un impact positif sur le développement économique local. Les objectifs de la phase 3 D’ici 2028, le projet prévoit notamment : 578 éleveuses et éleveurs accompagnés, dont 55 % de femmes 115 jeunes formés et accompagnés dans leur installation 220 femmes sensibilisées aux questions d’égalité 130 femmes déplacées accompagnées dans des jardins communautaires 20 écoles pratiques d’agriculture et 2 jardins communautaires mis en place. À terme, le projet vise notamment à ce que 75 % des éleveurs accompagnés tirent plus de 52 500 FCFA par mois (environ 80 €) de leur activité d’élevage. Avec le projet Or Gris des Savanes, Élevages sans frontières poursuit ainsi son objectif : renforcer durablement les capacités d’entreprendre et les revenus des familles rurales, en s’appuyant sur les ressources et les savoir-faire locaux. Joseph Kaboré Responsable projet 👉 Pour soutenir le projet Or Gris des Savanes : c’est par ici Lire d’autres articles sur le Togo : Le Togo : un pays rural face aux défis alimentaires 3 questions à Joseph Kaboré, Chargé de développement économique en Afrique de l’Ouest

Le Togo : un pays rural face aux défis alimentaires

Un pays rural marqué par la pauvreté Le Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest de près de 9 millions d’habitants, est l’un des plus vulnérables de la région. Il se classe 162e sur 191 pays selon l’Indice de Développement Humain et près de 47 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec une précarité encore plus marquée en zone rurale. Cette fragilité se traduit notamment par la malnutrition : près d’un enfant sur quatre souffre d’un retard de croissance. Agriculture et élevage au cœur de l’économie 57 % des habitants vivent à la campagne et 80 % dépendent directement de l’agriculture et de l’élevage. Pourtant, ces familles qui produisent l’essentiel de la nourriture manquent elles-mêmes d’alimentation suffisante et équilibrée. Selon la FAO*, plus de 20 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de retard de croissance lié à la malnutrition chronique. En matière de viande, le pays doit importer près de 45 % de sa consommation, souvent sous forme de produits congelés et de mauvaise qualité. Cette concurrence fragilise les petits producteurs locaux qui peinent à vendre leurs animaux à un prix rémunérateur. À cela s’ajoutent des obstacles structurels : manque d’infrastructures d’abattage, services vétérinaires insuffisants, difficultés d’accès aux financements, et manque de perspectives économiques pour les jeunes dans le secteur. Dans le nord du pays, des défis encore plus marqués Ces difficultés sont particulièrement présentes dans la région des Savanes, au nord du Togo. La région est la plus pauvre du pays et particulièrement fragilisée par les chocs climatiques et la dégradation des sols : plus de la moitié de sa population vit sous le seuil de pauvreté. Depuis 2020, la région est également confrontée à une dégradation des conditions sécuritaires, dans un contexte de progression de la crise sahélienne vers les pays du golfe de Guinée. La région des Savanes accueillent aujourd’hui 85 % des réfugiés venus trouver asile au Togo, ce qui accentue encore les besoins sociaux et économiques du territoire. La situation des jeunes constitue un autre défi majeur : près d’un tiers des 15-35 ans sont sans emploi ni formation. Dans une région où les possibilités d’installation dans l’agriculture et l’élevage restent limitées, leur accès à la formation et à des perspectives économiques constitue un enjeu important, notamment dans un contexte sécuritaire fragile. La région est également la deuxième productrice de volailles du pays. L’élevage y représente donc une activité importante pour les populations rurales, mais les filières peinent encore à se développer et à se structurer, notamment en raison du manque d’appui technique et financier et de l’accès limité aux moyens de production. Parmi ces élevages, la pintade occupe une place particulière. Traditionnellement pratiqué dans la région, cet élevage peut constituer une activité économique pour les familles rurales. Pourquoi il est urgent d’agir ? Parce que près d’1 enfant togolais sur 4 souffre déjà de malnutrition chronique. Parce que les petits producteurs ont besoin de pouvoir vivre de leur activité et approvisionner les marchés locaux. Parce que les jeunes ont besoin de formation et de perspectives économiques pour construire leur avenir dans leur région. Parce que, dans un contexte sécuritaire fragile, renforcer les activités économiques locales contribue à soutenir les familles et les communautés. Dans les Savanes, soutenir l’élevage local constitue ainsi un levier à la fois pour améliorer l’alimentation des familles, créer des revenus et renforcer l’économie rurale. C’est dans ce contexte qu’Élevages sans frontières agit, avec des partenaires locaux, pour accompagner le développement de la filière pintade dans les Savanes à travers le projet Or Gris des Savanes. *FAO : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture Joseph Kaboré Responsable projet 👉 Pour en savoir plus sur le projet Or Gris des Savanes : c’est par ici Lire d’autres articles sur le Togo : Or Gris des Savanes : le projet en chiffres et en actions 3 questions à Joseph Kaboré, Chargé de développement économique en Afrique de l’Ouest