Femmes d’Afrique de l’Ouest : garantes de la sécurité alimentaire et du développement

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Piliers des familles, de l’agriculture et de la vie communautaire, les femmes rurales d’Afrique de l’Ouest portent à bout de bras une grande part du développement local. En soutenant leur émancipation, nos projets au Burkina Faso et au Togo contribuent à transformer durablement leur quotidien et les territoires.

En Afrique de l’Ouest, les femmes assurent un rôle fondamental dans la production agricole, la sécurité alimentaire et la cohésion sociale. Pourtant, elles subissent des discriminations et leur potentiel reste largement sous-exploité. Des études démontrent que si les agricultrices bénéficiaient d’un accès équitable aux ressources productives, les rendements agricoles pourraient augmenter de 20 à 30%, permettant à plus de 100 millions de personnes de sortir de l’insécurité alimentaire. L’émancipation économique et sociale des femmes constitue donc un levier majeur pour un développement durable et inclusif.

Des inégalités persistantes maintiennent les femmes dans la précarité.

Au Burkina Faso, en milieu rural où vivent 9 habitants sur 10, les inégalités de genre sont très marquées. Près d’une femme sur deux est mariée avant ses 18 ans et 90% de la population considère que le maintien du foyer relève avant tout des femmes.vSeulement 2 filles sur 5 en âge d’être scolarisées dans le secondaire y sont réellement inscrites. Sur le plan économique, 85% des femmes actives occupent un emploi souvent non rémunéré ou informel, les normes sociales restreignant leurs droits à la propriété et aux services financiers. Ces fragilités sont amplifiées par un contexte sécuritaire instable. Les conflits et forcés exposent particulièrement les femmes aux violences physiques, sexuelles et économiques, tout en accentuant leur vulnérabilité sociale. 

Le constat est aussi préoccupant au Togo. Les femmes gèrent une large majorité des unités de production informelles. Pourtant, leur accès à l’éducation, au foncier, au crédit et aux déplacements instances de décision reste limité. Seules 20% possèdent des terres, ce qui freine leur capacité à développer des activités rentables. Dans la région des Savanes, au nord du pays, ces inégalités sont encore plus fortes. Mariages précoces, grossesses adolescentes, violences et effets du changement climatique fragilisent durablement les trajectoires de vie des femmes.

Des solutions concrètes améliorent la condition des femmes.

Face à ces enjeux, nous développons dans ces pays une approche intégrée en faveur de l’émancipation des femmes. Au Burkina Faso, la première phase du projet Voie Lactée a permis de renforcer les compétences des équipes locales, de sensibiliser les communautés aux inégalités de genre avec des séances de théâtre et des assemblées dans les villages. Nous avons initié des actions pilotes pour réduire les violences et la pénibilité du travail féminin, par exemple avec l’octroi de charrettes pour faciliter la collecte d’eau. Par souci d’adaptation, nous favorisons l’initiation à l’élevage caprin, plus accessible, moins coûteux et mieux maîtrisé par les femmes pour faciliter une acquisition durable de revenus réguliers.

Au Togo, notre programme Or Gris des Savanes a pour ambition de placer les femmes au cœur du développement local. L’approche s’appuie notamment sur plusieurs dispositifs complémentaires : les Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit (AVEC), l’accès au microcrédit avec une institution partenaire de microfinance et les élevages-écoles.

Les élevages-écoles reposent sur l’apprentissage entre pairs. Les éleveurs moins expérimentés, dits associés et en majorité des femmes, se regroupent au sein des exploitations d’éleveurs plus expérimentés, dits noyaux. Ce cadre favorise une transmission directe des connaissances, basée sur la démonstration des bonnes pratiques. Les éleveurs noyaux partagent ainsi leur savoir-faire en matière d’alimentation, de soins, d’hygiène et de gestion de l’élevage. L’utilisation de kits imagés rend les messages techniques accessibles, y compris pour les personnes peu alphabétisées. Ainsi, les femmes renforcent leurs compétences, adoptent des pratiques plus performantes et augmentent ainsi la productivité et la durabilité de leurs activités.

Dans les Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit (AVEC), les femmes mettent en commun leur épargne et accèdent à des prêts internes à faible taux pour des dépenses personnelles. Au-delà de l’appui économique, ces groupes leur offrent un espace de parole, de solidarité et de prise de confiance pour échanger sur leurs difficultés, réussites et aspirations. Parallèlement, avec la COOPEC SIFA, nous facilitons l’accès des femmes à deux dispositifs innovants de microcrédit. Le crédit direct, destiné à des groupes solidaires de femmes sans épargne préalable, finance des activités économiques dans des zones très précaires. La tontine, combinant épargne collective et prêt à court terme, favorise l’inclusion financière progressive et l’ouverture de comptes d’épargne. Ces mécanismes permettent aux femmes de diversifier leurs activités et de sécuriser leurs revenus.

Toutes ces actions ont des impacts visibles pour les femmes et leurs communautés. De nombreuses éleveuses burkinabè et togolaises sont aujourd’hui propriétaires de leur élevage et gèrent mieux leurs revenus. Les formations sur l’égalité de genre, l’élevage et la gestion financière renforcent durablement ces acquis, tandis que les forums communautaires continuent d’encourager un dialogue constructif entre femmes et hommes autour des enjeux d’équité.

Kenza MENSAH

Chargée des financements institutionnels

" Être éleveuse dans les Savanes du Togo n’est pas simple : nous, les femmes, manquons souvent de moyens, de formation et de reconnaissance. Avant, je faisais face à de fortes pertes de pintades et mes revenus restaient très limités. Sans appui technique, il était difficile de développer mon activité. Grâce à l’accompagnement reçu, j’ai appris de meilleures pratiques d’élevage, à soigner mes animaux et à sécuriser ma production. Aujourd’hui, mes pintades sont un véritable soutien pour nourrir ma famille, payer les frais de santé et de scolarité, et même épargner. Cette évolution a renforcé ma confiance et ma place dans le village. Je suis ère de mon parcours et j’encourage les autres femmes à se lancer pour améliorer durablement leurs conditions de vie."

Monica LAMBONI, éleveuse de pintades – Togo

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