Une voie vers l’autonomie pour les éleveuses

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FOCUS SUR UN PROJET : LA VOIE LACTÉE DES FEMMES DE L’OUBRITENGA

Dans l’Oubritenga, à juste 30 km de la capitale Ouagadougou, 9 habitants sur 10 vivent de l’agriculture et de l’élevage. Les femmes assurent de multiples tâches dans des conditions difficiles sur le plan climatique, sécuritaire, matériel et culturel. Avec des moyens limités et la concurrence du lait en poudre importé, elles peinent à sortir de la précarité. Notre projet Voie Lactée des Femmes de l’Oubritenga (VOLAFO) renforce leur potentiel et les accompagne sur la voie de l’émancipation.

Un quotidien harassant remplis d’obstacles

Epouses, mères, agricultrices et éleveuses, les femmes de l’Oubritenga élèvent leurs enfants dans un habitat rudimentaire, souvent sans électricité, ramassent du bois et parcourent des kilomètres pour s’approvisionner en eau sous une température atteignant 45°C en saison chaude. L’accueil de centaines de déplacés qui ont fui les conflits armés du Nord génère des tensions pour l’accès aux ressources et fragilise la sécurité alimentaire des familles. Impliquées dans la production laitière, les femmes restent dépendantes de leur mari. La culture burkinabé encore très patriarcale, en particulier en milieu rural, limite l’accès à l’éducation, à la propriété des terres et des animaux, et leur pouvoir de décision.

Des leviers pour l’autonomisation

Dans ce contexte, l’objectif du projet VOLAFO est de permettre à 150 femmes mossis et peules de devenir les actrices de la résilience dans leur foyer et leur communauté en agissant sur les leviers de la productivité laitière, la transformation et la commercialisation. Son originalité tient à une approche globale : agir simultanément sur la technique, l’organisation collective et la dimension humaine. Le lait local devient ainsi un enjeu d’autonomisation économique et sociale.

Les éleveuses sont formées aux techniques d’élevage de bovins et petits ruminants, à l’hygiène de traite et aux cultures fourragères. 25 femmes éleveuses de chèvres ont déjà bénéficié de bâtiments, d’équipements et d’intrants, favorisant la sédentarisation de l’élevage. La femme devient actrice car elle fournit désormais l’unité laitière. Voir le lait de son propre troupeau transformé en yaourt estampillé VOLAFO et vendu sur le marché renforce la fierté et le sentiment d’utilité sociale.

En moyenne, chaque éleveuse produit 10 litres par semaine, vendus à 650 FCFA le litre (près d’1€), soit environ 25 000 FCFA (38€) de revenu mensuel. Un apport conséquent pour la scolarité, la santé et l’alimentation du ménage, qui modifie aussi les équilibres familiaux : la femme est désormais reconnue comme actrice économique à part entière.

"La Voie lactée est mon espoir. À cause des attaques terroristes, nous avons trouvé refuge chez des parents de mon mari. Avec nos six enfants, nous étions à leur charge, ce qui me dérangeait car ils ont du mal à s’en sortir. À Foubé, notre élevage nous permettait d’assurer trois repas par jour et nos autres besoins. Nous avons fui juste pour sauver nos vies. Mon mari et moi ne connaissons que l’élevage. Quand on m’a parlé du projet pour personnes déplacées, je n’y croyais pas au début, surtout qu’il concernait les femmes. Il fallait le voir pour le croire !"

KADIGUÈTA DICKO, éleveuse, village de Lelexé

Coopérer et transmettre pour avancer ensemble

Nous accompagnons la création et la structuration d’une coopérative féminine qui mutualise la collecte et la vente du lait. À travers les élections de déléguées, la tenue d’assemblées générales et la gestion collective des décisions, les femmes découvrent une gouvernance démocratique. La coopérative joue aussi un rôle de filet de sécurité : face à la maladie, au deuil ou aux coups durs, les femmes peuvent compter sur un groupe solidaire.

Enfin, dans ce contexte marqué par l’insécurité, VOLAFO mise aussi sur le facteur humain. Le dispositif de marrainage met en lien anciennes éleveuses, nouvelles arrivantes et femmes déplacées internes. Vingt-cinq marrainages ont déjà vu le jour. Au-delà du transfert de savoir-faire, ces relations offrent un soutien moral, une intégration sociale et favorisent le vivre-ensemble entre femmes peules et mossis, renforçant la cohésion et la paix sociale.

À l’avenir, La coopérative souhaite diversifier ses produits laitiers et faire de VOLAFO un label régional de qualité, tout en poursuivant l’accompagnement des éleveuses. Cette dynamique prévoit l’installation de 50 nouveaux sites d’élevage, ainsi que la formation et l’équipement de 74 éleveuses pour améliorer la qualité du lait. Un partage de savoir-faire au Maroc avec la coopérative COROSA est prévu avant l’été.

L’autonomisation des femmes n’a pas de frontières !

"Ce projet m’a redonné confiance. Je suis Djeneba, éleveuse et mère de sept garçons. Avant la Voie Lactée, je ne pensais pas pouvoir vivre de l’élevage laitier. Les formations, les chèvres reçues et le soutien de ma marraine m’ont appris à mieux soigner mes animaux et à produire du lait dans de bonnes conditions. Avec notre SCOOPS*, nous vendons ensemble à meilleur prix. Ces revenus financent l’école de mes enfants et soutiennent le foyer. Aujourd’hui, je suis ère de mon activité et de ma place dans le développement local."

DJENEBA KANDE, éleveuse, village de Barkoundouba

*Société coopérative simplifiée

Joseph KABORÉ

Chargé de mission

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