L'émancipation des femmes

Faire de l'élevage une voie vers l'autonomie

Un constat : des inégalités femmes-hommes encore très fortes

A travers le monde, les inégalités entre les femmes et les hommes persistent, voire s’aggravent notamment dans les contextes de crise. Les femmes sont plus touchées par la pauvreté : 70% des personnes vivant avec moins de 1$/jour sont des femmes.

Ces inégalités se traduisent notamment par un accès plus difficile à la formation : seulement 23% des pays à faible revenu ont atteint la parité en termes d’éducation primaire et 15% dans l’éducation secondaire.

Les poids des inégalités et des sociétés souvent patriarcales font que les femmes ont des difficultés à être indépendantes économiquement : elles “gagnent moins, épargnent moins et occupent des emplois plus précaires” (PNUD). 75 % des femmes dans les pays en développement travaillent dans l’économie informelle, où elles ont moins de chance d’avoir un contrat de travail et de bénéficier de droits légaux ou d’une protection sociale.

Enfin, dans le monde agricole, les femmes restent le plus souvent exclues du contrôle des ressources et de la propriété : elles ne possèdent que 10 à 20% des terres dans le monde (Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes) et ne sont qu’exceptionnellement propriétaires des animaux de forte valeur comme les bovins.

Pourtant, dans les pays en développement, les femmes sont à l’origine de 60 à 80% de la production alimentaire. Elles assurent la majeure partie des travaux des champs, assurent les cultures potagères et sont souvent en charge des animaux (abreuvement, alimentation, soins, traites, etc.).

Les normes sociales et culturelles sont souvent des entraves à leur capacité d’agir et d’innover, elles restent donc largement désavantagées par rapport aux hommes “dans l’accès aux ressources productives, aux technologies novatrices, aux informations sur les marchés, aux services financiers, à l’éducation et à la formation” (FAO – 2010).

Enfin, l’ensemble des ces facteurs font d’elles les premières victimes des crises alimentaires, climatiques et sanitaires.

L'émancipation des femmes :
une nécessité pour la réduction de la pauvreté

Pour Elevages sans frontières, améliorer la sécurité alimentaire des populations vulnérables passe donc entre autres par des actions spécifiques auprès des femmes, afin de valoriser et donner de l’ampleur aux activités qu’elles portent. Donner aux femmes les mêmes conditions d’accès et de contrôles de ressources que les hommes participe grandement à résoudre le problème de l’insécurité alimentaire dans le monde. 

Les projets que nous mettons en place ont comme ambition d’apporter des compétences techniques aux femmes, qui est la première marche pour une autonomie dans la conduite de leur activité rémunératrice. Elevages sans frontières développe également un cadre de confiance qui leur permet, au-delà du renforcement individuel, de s’organiser collectivement, de gagner en compétences et en reconnaissance sociale, et de participer aux lieux de pouvoir dans leur communauté.

L’articulation d’un appui individuel et collectif

Elevages sans frontières travaille avec ses partenaires locaux afin de réduire la vulnérabilité des femmes et lever ces freins spécifiques auxquels elles sont confrontées dans le développement de leur activité d’élevage. 

Historiquement, Elevages sans frontières développe prioritairement des élevages de “petits animaux” : que ce soit la volaille ou les petits ruminants. Ces animaux, traditionnellement moins prestigieux sur nos zones d’intervention, car de moindre valeur, sont élevés par les femmes. L’appui apporté permet de faire de cette activité d’élevage une activité rémunératrice et un premier espace d’autonomie. Lors de l’appui aux filières bovines lait, un des enjeux est de permettre aux femmes d’accéder à la propriété des bovins et d’être autonomes dans la gestion des animaux. 

Elevages sans frontières participe au développement des compétences sociales des femmes par la création et l’animation d’espaces mixtes et non mixtes. Selon les projets et les réalités sociales, elles y apprennent à s’exprimer, à oser, à proposer, à décider. 

La création de coopératives ou associations de femmes ont vu émerger des femmes leader, qui sont ensuite en capacité de représenter les intérêts des femmes au sein des espaces de décisions communautaires. 

-> Au Maroc par exemple, des rencontres mensuelles de “femmes leader” permettent de créer un espace d’échange entre pairs, où sont abordés les difficultés techniques des élevages, mais également les difficultés rencontrées au sein de leurs familles, dans le cadre de leur activité. Certaines de ces femmes leader sont devenues élues locales de leur commune rurale: au-delà de leur association, c’est donc dans l’espace public qu’elles prennent la parole. 

-> Au Sénégal également, des formations techniques sont mises en place, afin que les éleveuses de moutons soient autonomes dans les gestes techniques. Elles sont également formées et accompagnées pour vendre leurs animaux, savoir estimer leur rémunération, et s’organiser entre femmes pour garder le contrôle de la vente et des revenus monétaires de cette vente.

[L’égalité entre les femmes et les hommes] est aussi un préalable indispensable et fondamental de l’égalité, du développement et de la paix. Un nouveau partenariat fondé sur l’égalité entre les femmes et les hommes est une condition d’un développement durable

    Quatrième conférence mondiale sur les femmes, 1995

UNE seule santé

Santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes : des enjeux indissociables.