Aida Kiwalo, Chargée de projet APIL nous donne des nouvelles du projet burkinabè

APIL et ses domaines d’intervention Je suis madame Kiwalo Aida et je fais partie du personnel de l’ONG Action pour la promotion des initiatives locales (APIL). APIL est une organisation locale du Burkina Faso qui intervient dans la sécurité alimentaire durable, le renforcement organisationnel, la gouvernance locale, la promotion du genre, l’agroécologie, la gestion humanitaire et risque des catastrophes à base communautaire. Au service du développement local, elle intervient dans la région du Centre, du Plateau Central et du Centre Nord. Dans son premier axe d’intervention qui est le renforcement du système alimentaire durable, l’organisation s’est fixée pour objectifs spécifiques de diversifier et accroître la production agro-sylvo-pastorale pour la consommation et la vente ; d’améliorer les pratiques commerciales et l’accès équitable aux marchés de produits agricoles et d’élevage plus rentables en particulier pour les femmes et les jeunes. Dans ce sens des projets ont été formulés de concert avec les communautés de ses zones d’intervention pour atteindre les objectifs fixés APIL et ESF, partenaires sur le projet « La voie lactée des femmes de l’Oubritenga » L’un de ces projets a vu le jour grâce au partenariat avec Elevages sans frontières (ESF), organisation qui se mobilise depuis 2001 pour la sécurité alimentaire et l’autonomie des familles paysannes, notamment en Afrique. Nous avons ensemble travaillé à ce que le projet dénommé « La Voie lactée des femmes de l’Oubritenga » voit le jour. Débuté en octobre 2020, le projet vise à appuyer le développement d’une filière locale, durable et inclusive dans la province de l’Oubritenga tout en renforçant le rôle des femmes et leurs compétences dans cette filière stratégique. Pour cela quatre axes sont mis en avant et se résument à l’amélioration de la production laitière et de la résilience des systèmes d’élevage ; l’expérimentation de l’élevage caprin laitier conduit par des femmes ; le développement d’un circuit court, juste et équitable pour une offre en produits laitiers de qualité ; la promotion des produits issus de la filière laitière locale auprès des consommateurs. Ziniaré et Zitenga sont les communes dans lesquelles le projet touchera 150 bénéficiaires directs. Les activités menées à ce jour En termes d’activités menées à ce jour, on comptabilise le ciblage des bénéficiaires, l’expérimentation du maralfalfa et deux séances de formation sur les pratiques d’élevage améliorées. Le ciblage des bénéficiaires Le ciblage a constitué une activité phare pour le projet et nous avons mobilisé six animateurs et techniciens du domaine à cet effet tout en adoptant une approche participative qui a permis l’ancrage du projet auprès des communautés, des autorités administratives et locales. L’outil de collecte de données a fait l’objet de test avant l’opération du ciblage pour s’assurer de son adéquation avec le travail à faire. Après quoi nous avons pu parcourir douze villages des communes d’intervention pour toucher 750 ménages d’agropasteurs. Les critères de sélection ont concerné l’appartenance à un village d’agropasteurs, la possession de vache laitière dans un ménage, l’exercice de l’activité de la traite de lait de vache ou de chèvre, le potentiel de production avéré et la volonté d’intensification d’activités d’élevage et d’agriculture, la disponibilité aux différentes formations prévues par le projet, l’approbation pour son apport financier à déterminer selon les services à fournir, l’acceptation d’intégration systématique de la protection de l’environnement de ses pratiques et l’appartenance à un village ayant accueilli et intégré les personnes déplacées dans leurs activités. Pour ce ciblage la difficulté majeure a été de trouver des femmes propriétaires de gros ruminants parce que dans les ménages ruraux les bovins appartiennent aux hommes bien que la charge d’en prendre soin incombe aux femmes et aux enfants. Ce constat amer nous a mené à tenir des séances d’échange dans les six villages identifiés pour leur faire comprendre la philosophie du projet. Suite à cela, nous avons pu constituer la liste des 150 éleveuses qui vont porter le projet au profit de leurs familles. Les formations sur les pratiques d’élevage améliorées Quant aux formations à réaliser, nous avons tenu une rencontre d’échanges avec les agropasteurs ciblés pour recenser les différentes pratiques agropastorales menées par les bénéficiaires afin de définir des systèmes d’élevage bovin et caprin, respectueuses de l’environnement et plus rentables économiquement. Pour l’instant nous avons pu réaliser deux formations sur les pratiques d’élevage rationnel, l’une portant sur l’habitat et l’équipement adaptés, l’autre sur l’alimentation et la sélection des animaux. Le principe de cette formation est que le participant est un représentant du village bénéficiaire, qui de retour, pourra former le reste du groupe qui n’a pas pris part à la formation. L’expérimentation du marafalfa Une autre activité du projet qui est en suivi dans notre centre agroécologique de Bissiga, est l’expérimentation du maralfalfa dans l’optique de vulgarisation auprès des bénéficiaires. Nous voulons d’abord maitriser l’itinéraire technique de production de cette nouvelle culture fourragère avant d’aller à l’échelle. Tout ce travail se fait en collaboration avec le partenaire Elevages sans frontières avec qui nous tenons périodiquement des séances de travail pour mieux recadrer nos approches d’intervention et nous approprier convenablement des outils de suivi du projet.
Témoignage président du Champ Ecole Agriculteur à Kantindi et éleveur de pintades

Témoignage de Kampatine Toulimba Président du Champ Ecole Agriculteur de Kantindi centre et éleveur engraisseur de pintades Je m’appelle Kampatine Toulimba, j’ai 35 ans. J’habite dans la préfecture de Tône, canton de Kantindi et dans le village de Kantindi centre. Je suis marié et responsable d’une famille de huit enfants. Je suis président et membre d’un Champ Ecole Agriculteur (CEA) et éleveur engraisseur de pintades dans le cadre du projet « Or gris des Savanes« . Je me suis lancé dans cette activité d’élevage de pintades qui intègre des activités agro-écologiques parce qu’ici le sol devient de plus en plus pauvre à cause de l’utilisation des engrais chimiques et des pesticides et nous ne récoltons plus comme le temps de nos grands-parents. A cause des effets du changement climatique, et vu que nous sommes nombreux, nous nous sommes dit qu’il serait bénéfique de planter assez les arbres pour faire venir la pluie et mieux cultiver. Avant la connaissance des pratiques agro-écologiques nous avons trop souffert de l’érosion et de la médiocrité des récoltes sur nos parcelles » Toulimba dans le CEA, devant un plant d’acacia Les bénéfices du Champ Ecole Agriculteur Les grandes activités que nous avons menées dans notre CEA avec l’appui des ONG OREPSA et Elevages sans frontières consistent en la mise en place des ouvrages anti-érosifs (les diguettes enherbées ont rendu certaines parties des CEA qui préalablement étaient inexploitables, cultivables aujourd’hui) et le reboisement dans notre CEA de 180 plants. Pour le moment, les arbres plantés sont jeunes et leurs racines ne permettent pas encore la stabilisation du sol. Il en est de même pour les feuillages de ces jeunes arbres qui ne peuvent pas encore assurer la protection et concourir au compostage. Mais ça viendra avec le temps. C’est pourquoi nous entretenons et protégeons ces jeunes plants afin d’en bénéficier d’ici deux ans de leurs bienfaits. OREPSA et ESF nous ont appuyés par subvention en semences certifiées et nous ont formés sur les itinéraires techniques de production des cultures vivrières qui entrent dans l’alimentation de la pintade (maïs, soja, sorgho), sur les techniques améliorées de compostage. Ceci tout en nous équipant en matériels de travail sur les diguettes et la mise en place des cordons pierreux. Pendant et après ces appuis, nous avons acquis des connaissances pour protéger nos champs contre le ruissellement qui dénude les sols en emportant la couche arable. Les parties érodées des CEA connaissent une stabilisation des terres arables et de la matière organique bloqués par les diguettes. Actuellement, nous produisons le compost en nous servant des fientes des volailles, déjections des ruminants ou encore les résidus des récoltes que nous épandons dans nos champs respectifs en réplication de ce que nous avons appris et appliqué en groupe dans notre Champs école agriculteur. Cela nous permet d’augmenter sensiblement nos rendements en réduisant l’apport des engrais chimiques. Il y a une nette différence des rendements des CEA et d’autres parcelles où les techniques agro-écologiques ne sont pas appliquées. Nos produits du champ école (soja, sorgho, maïs) sont utilisés dans la composition de la provende (mélange d’aliments destiné au bétail), et à la longue, notre élevage bénéficiera de l’ombrage des arbres plantés en saison sèche. Bref, nos activités du champ école se déroulent bien. Je travaille avec les autres membres même si certains hésitent encore sur les avantages/acquis de ce que nous apprenons dans le CEA. Il faudra de la patience. A l’avenir, nous solliciterons OREPSA et ESF pour qu’ils puissent renforcer le suivi des activités auprès de tous les autres membres, voire tout le village, en les appuyant dans le reboisement, la mise en place des ouvrages anti-érosifs et la fabrication du compost en vue d’améliorer notre production agricole. Enfin, au nom de tous les membres de notre CEA et en mon nom propre, nous remercions les bailleurs de fonds qui ont financé le projet « Or Gris des Savanes » et aussi ceux qui nous appui dans nos activités de CEA et d’élevage de pintades. J’encourage aussi la population de mon village à venir voir et appliquer les techniques que nous apprenons dans notre CEA en vue d’accroitre nos rendements agricoles et contribuer à la lutte contre les irrégularités de pluies. Toulimba et sa famille dans son élevage de poulets et pintades Projet financé par : nos donateurs, l’Agence Française du Développement, la fondation Michelham, le CFSI et la fondation Anber.