Dans la région des Savanes, au nord du Togo, l’émancipation des jeunes se heurte à la précarité économique et à l’instabilité sécuritaire. Le manque de capital et l’absence de garanties foncières bloquent l’accès au crédit, rendant l’auto-emploi quasi impossible sans soutien extérieur. Ce frein financier est accentué par un fossé entre les formations théoriques et les réalités de gestion d’une exploitation rentable. Parallèlement, la dégradation climatique fragilise les activités agro-pastorales traditionnelles tandis que la menace terroriste au nord du Togo crée un climat d’insécurité. Sans perspectives concrètes, les jeunes, qu’ils soient diplômés ou vulnérables, deviennent des cibles pour l’enrôlement extrémiste. La structuration de filières locales comme celle de la pintade apparaît comme un levier vital pour lever ces obstacles.
Des formations techniques basées sur la pratique
Le projet Or Gris des Savanes place la professionnalisation et l’insertion des jeunes au cœur de sa stratégie. Au delà de l’aide matérielle, nous proposons un véritable parcours entrepreneurial pour que les jeunes deviennent des acteurs de la filière pintade et plus largement de leur territoire.
Pour réussir ce pari, le projet déploie une ingénierie de formation multidimensionnelle. En s’appuyant sur la complémentarité entre les Maisons Familiales de Formation Rurale (MFFR) favorisant l’ancrage communautaire et l’IFAD-Élevage de Barkoissi, pôle d’excellence technique, l’initiative offre un parcours d’apprentissage complet.
Au sein du centre de formation IFAD, un atelier démonstratif a été mis en place : une unité d’élevage de pintadeaux a été améliorée avec un biodigesteur qui produit de la chaleur à partir des déjections animales, répondant ainsi à l’enjeu de diminution de la mortalité des pintadeaux et des coûts énergétiques. Un parcours arboré nouvellement installé concilie bien-être animal et préservation de la biodiversité.
Ces dispositifs d’apprentissage permettent aux jeunes de réaliser des stages pratiques sur la conduite de l’élevage sous le regard du maître de ferme. Ce tutorat contribue à la maîtrise des techniques par les apprenants avant le lancement de leur projet d’élevage et la réplication des techniques apprises en centre de formation.
Un appui à la vision et à la mise en œuvre du projet d’élevage
La formation à l’auto-entreprenariat comprend un appui à la structuration de projet. L’adoption de l’approche GERME AGROPASTORAL du Bureau International du Travail (BIT) constitue une innovation majeure. Elle permet aux apprenants de ne plus voir l’élevage comme une simple activité de subsistance mais comme une activité entrepreneuriale nécessitant planification, calcul de rentabilité et marketing. En complément, des modules d’éducation financière sont dispensés par la COOPEC-SIFA pour sécuriser la gestion des futurs crédits, rationaliser l’usage des subventions et surtout ancrer une culture de l’épargne, gage de pérennité pour les microentreprises rurales.
Chaque jeune est accompagné dans l’élaboration d’un plan d’affaires personnalisé, véritable feuille de route qui définit la stratégie de rentabilité de l’exploitation, avec une analyse de la faisabilité technique, une planification des besoins en matériel et produits d’élevage et une prévision des revenus. Les jeunes se projettent ainsi davantage dans une activité économique viable et gérée avec professionnalisme.
Pour concrétiser l’installation des jeunes, le projet lève l’obstacle majeur de l’accès au capital. Grâce à son partenariat avec la COOPEC-SIFA, il offre des crédits adaptés aux cycles de l’élevage et un accompagnement à la gestion des crédits pour éviter le surendettement. Les jeunes bénéficient de conditions de financement facilitées qui les dispensent des garanties lourdes exigées par les systèmes bancaires
classiques. Non seulement ce dispositif assure le financement du premier cycle de production en pintades mais il favorise également l’autonomie financière et la pérennité de ces jeunes micro-entreprises d’élevage.
Joseph Kaboré
Responsable projet
👉 Pour en savoir plus sur le projet Or Gris des Savanes : c’est par ici

